Travailleurs, travailleuses

Travailleurs, travailleuses

Débat de l'Histoire et l'APHG

90 min.

L’indispensable travail des femmes

C'est la main-d'œuvre féminine, sous-payée, qui, d'une certaine manière, a rendu le recours à la mécanisation et l'introduction de nouvelles technologies rentables pour les industriels en fournissant le travail nécessaire pour accompagner la fabrication des produits par les machines. Dans certains secteurs comme le textile, les femmes représentent dès le milieu du xixe siècle la majorité des effectifs dans la plupart des régions qui s'industrialisent. A Barcelone, les femmes représentent plus de 60 % de la force de travail du tissage dans l'industrie cotonnière des années 1860. De même, au sein des grandes manufactures italiennes du tirage et du moulinage de la soie, dans les années 1880, les femmes forment 60 % de la main-d'œuvre, les enfants 32 % et les hommes seulement 8 %. Elles sont aussi nombreuses dans la production de papier, les manufactures de tabac, la maroquinerie ainsi que certains métiers de la petite métallurgie, comme la coutellerie et la fabrication d'épingles ou la taille des pierres précieuses.

Lors de la première phase de l'industrialisation, dans les espaces de travail concentrés, usines ou sites miniers par exemple, la technologie et le machinisme actionné par la vapeur ou l'énergie hydraulique s'accompagnent le plus souvent d'une ségrégation genrée des espaces. Dans la mine, après 1850, les hommes travaillent au fond à l'extraction du charbon ou des métaux et les femmes et les enfants au triage en plein air. Dans les usines textiles, les ateliers de teinture, masculins, sont séparés de la filature, où la force de travail est presque entièrement féminine et infantile. C'est seulement dans les manufactures de taille intermédiaire ou dans certains métiers comme le tissage ou le moulinage qu'on observe une mixité au travail.  (…)

Même si les revenus des femmes sont inférieurs à ceux des hommes d'un tiers voire de la moitié, ils représentent, avec ceux des enfants, entre 25 et 40 % des revenus familiaux annuels et permettent aux familles ouvrières d'accéder à des produits que les populations rurales ne peuvent pas encore envisager. Pour autant, le salaire octroyé aux femmes est considéré comme un salaire d'appoint : si on donne plus à l'ouvrier, c'est qu'on estime qu'il est pourvoyeur et doit nourrir sa famille.

Les enquêtes sur le travail à domicile dans la deuxième moitié du xixe siècle révèlent que les femmes seules, devant s'occuper d'enfants en bas âge, ont les conditions de vie les plus difficiles. Car plus que le statut, célibataire ou mariée, c'est la maternité qui détermine la présence des femmes au travail en dehors de la sphère domestique. Le tournant majeur pour les femmes des couches populaires n'est pas le mariage. L'arbitrage se fait en fonction du salaire gagné, du nombre d'enfants et du coût de leur garde.

Certains économistes libéraux se posent donc la question de la conciliation entre travail à l'usine et maternité dans la vision d'un progrès industriel devant amener « la force motrice à la disposition de chaque chaumière et de chaque mansarde », et où les mères de famille pourraient travailler à domicile. Mais, en réalité, le nombre des ouvrières ne cesse d’augmenter, atteignant son apogée dans les premières décennies du xxe siècle. En France, elles représentent en 1901 un tiers de la population active du secteur secondaire et dépassent en chiffre absolu les 2 millions jusqu'aux années 1930, avant que le tertiaire devienne leur domaine d'élection. Difficile d'imaginer ce que l'industrialisation aurait été sans leur présence laborieuse.

Avec

Gallot

Fanny Gallot

Fanny Gallot, historienne, est membre du Centre de recherche en histoire européenne comparée (CRHEC), elle enseigne à l’ESPE de Créteil. Ses recherches portent sur l’histoire du travail qu’elle tente d’envisager dans une perspective intersectionnelle, l’histoire du syndicalisme et des féminismes. Elle a publié En découdre. Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société (La Découverte, 2015) et participé à la coordination de « Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ! », Le genre de l’engagement dans les années 1968, avec Ludivine Bantigny et Fanny Bugnon (PUR, 2017). En relation avec ses enseignements, elle mène également des recherches en éducation, notamment autour des questions de discriminations ethno-raciales et de genre.

Knittel

Fabien Knittel

Fabien Knittel est maître de conférences (HDR) en histoire contemporaine à l’université de Franche-Comté (Besançon).
Spécialiste de l’histoire de l’agronomie et des techniques rurales au XIXe siècle, il est membre du Centre Lucien Febvre de l’université de Franche-Comté. 

Il est membre du bureau (secrétaire général-adjoint) et du CA de l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales. 

manuela martini

Manuela Martini

Manuela Martini est professeure d'histoire contemporaine à l'université Lumière Lyon 2. Elle anime plusieurs programmes de recherche nationaux qui se situent à l'intersection entre l'histoire du travail, l'histoire des migrations et l'histoire des femmes et du genre. Elle a publié de nombreux travaux sur l’histoire de l’économie domestique, du travail rémunéré et non rémunéré des femmes et sur les migrations des hommes et des femmes en Europe.

Elle participe au débat de la revue L’Histoire et de l’APHG du samedi 19 novembre à 14h30 « Travailleurs, travailleuses».

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