#METOO : une vraie révolution sociétale mondiale ?

#METOO : une vraie révolution sociétale mondiale ?

Débat du Monde

90 min.

Les 5 et 10 octobre 2017, le New York Times et le New Yorker révèlent que plusieurs femmes accusent le producteur de cinéma Harvey Weinstein de viols et d’agressions sexuelles. Le 15 octobre, l’actrice Alyssa Milano, connue pour ses rôles dans les séries Madame est servie et Charmed, poste sur Twitter le message suivant : « Si vous avez été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle, écrivez “moi aussi” [me too] en réponse à ce tweet. » Le retentissement est spectaculaire. En seulement vingt-quatre heures, le hashtag #MeToo est repris 500 000 fois sur Twitter et donne lieu à plus de 12 millions de publications sur Facebook. Partout dans le monde, des femmes sortent du silence. Anonymes ou célèbres, elles racontent ce qu’elles ont subies, les agressions et les viols, les remarques sexistes et les blagues graveleuses, les attouchements non désirés et les regards déplacés. Partie du monde du cinéma, la déferlante n’épargne aucun milieu et transcende les classes sociales. Des choses qui étaient encore tolérées quelques semaines plus tôt deviennent subitement intolérables.

Si d’autres hashtags prospèrent, parmi lesquels #keineKleinigkeit (« pas une broutille », en allemand), #YoTambien (« moi aussi, en espagnol), #Masaktach (au Maroc) ou encore #BalanceTonPorc, lancé par la journaliste française Sandra Muller, aucun ne rencontrera toutefois le même succès que #MeToo. Treize ans après avoir été utilisée pour la première fois par la travailleuse sociale afro-américaine Tarana Burke afin d’encourager les victimes d’agressions sexuelles dans les quartiers défavorisés à témoigner, l’expression s’impose, en cet automne 2017, pour qualifier cette onde de choc mondiale annonciatrice d’une véritable révolution sociétale.

Alors que #MeToo est déjà un objet d’histoire, comme en témoigne la profusion inédite d’articles publiés, d’émissions diffusées et de débats organisés à l’occasion du cinquième anniversaire de « l’affaire Weinstein », la réflexion formulée sur le moment par l’anthropologue féministe Françoise Héritier apparaît rétrospectivement comme un parfait résumé des potentialités du mouvement alors à ses tout débuts.

Interrogée par Le Monde sur le déferlement de témoignages de femmes victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles dans la foulée des accusations visant le producteur américain, l’auteure de Masculin / Féminin (Odile Jacob, 2 vol, 1996 et 2002) fit cette réponse : « Je trouve ça formidable. Que la honte change de camp est essentiel. Et que les femmes, au lieu de se terrer en victimes solitaires et désemparées, utilisent le #MeToo d’Internet pour se signaler et prendre la parole me semble prometteur. C’est ce qui nous a manqué depuis des millénaires : comprendre que nous n’étions pas toutes seules ! Les conséquences de ce mouvement peuvent être énormes. À condition de soulever non pas un coin mais l’intégralité du voile, de tirer tous les fils pour repenser la question du rapport entre les sexes, s’attaquer à ce statut de domination masculine et anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible. C’est un gigantesque chantier », pronostiquait Françoise Héritier dans cet entretien publié le 5 novembre 2017, dix jours avant sa mort.

Avec

Christine Bard

Christine Bard

Christine Bard est professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, membre honoraire de l’Institut universitaire de France. Elle préside l’association Archives du féminisme et anime le musée virtuel sur l’histoire des femmes et du genre MUSEA.

Elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur l’histoire des femmes, du genre et du féminisme dont Ce que soulève la jupe (2010, Autrement), Une histoire politique du pantalon (2010, Le Seuil), Le Féminisme au-delà des idées reçues (2012, Le Cavalier bleu) et Le Dictionnaire des féministes. France, XVIIIe- XXIe siècle (2017,PUF) ouvrage qu’elle a dirigé avec la collaboration de Sylvie Chaperon.

Manon Garcia

Manon Garcia

Manon Garcia est philosophe, professeure junior à Freie Universität à Berlin. Elle a publié On ne naît pas soumise, on le devient (Flammarion, 2018), La Conversation des sexes, philosophie du consentement (Flammarion, 2021), et dirigé le volume Textes-clés de philosophie féministe : Patriarcat, savoirs, justice (Vrin, 2021).

Jablonka

Ivan Jablonka

Ivan Jablonka est professeur d’histoire à l’université Sorbonne Paris Nord, membre de l’Institut universitaire de France. Il a notamment publié, au Seuil, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012), Laëtitia ou la fin des hommes (Le Seuil, 2016) et Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinités (Le Seuil, 2019). Son dernier ouvrage : Un garçon comme vous et moi (Le Seuil , 2021). Il participe au débat de la revue L’Histoire du samedi 19 novembre  à 16h30 « Patriarcat, la domination masculine est-elle une fatalité ? » ainsi qu’à la rencontre avec le journal Le Monde le dimanche 20 novembre à 16h15 « @Metoo : une révolution sociétale mondiale ? ».

Vigarello

Georges Vigarello

Delage

Pauline Delage

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