Mémoire du sous-développement

Mémoires

Mémoire du sous-développement

Memorias del Subdesarrollo

Tomas Gutierrez Alea

1968

97 min.

VOSTF

Un an après la révolution cubaine, Sergio, un intellectuel bourgeois aisé, décide de rester vivre dans son pays malgré l’exil de sa famille vers les États-Unis…

Derrière un titre trompeur qui pourrait être celui d’un documentaire à vocation sociologique se cache un des longs métrages de fiction les plus célèbres du cinéma latino-américain. Produit en 1968, Mémoires du sous-développement est encore aujourd’hui une référence du cinéma cubain. L’errance existentielle et amoureuse de Sergio, un intellectuel hédoniste et velléitaire, dans les rues de La Havane, est le prétexte à une réflexion sur le devenir d’une société qui s’est fixé un programme ambitieux – la révolution, rien de moins… mais qui est peut-être au-dessus de ses moyens. Cette errance dans les souvenirs et dans la conscience politique d’un nanti qui refuse de quitter  son pays est située dans un de  ces « moments terribles » Cuba était le centre du monde : le fiasco américain du débarquement dans la baie des Cochons a eu lieu quelques mois plus tôt, en 1961, et les journaux du matin, dans les dernières images du film, font leurs gros titres sur la crise des missiles, en octobre 1962. 1962, c’est aussi l’année les États-Unis décrètent un embargo sur l’île castriste, qui va peu à peu devenir le double symbole de la résistance à l’impérialisme américain et de la guerre froide : voilà pour l’époque, que quelques années décisives séparent toutefois du tournage. Quant au décor de ce chef-d’œuvre tout est politique, mais qui ne soumet jamais sa manière au « film de propagande  » qu’il  n’est pas, il  est solaire et indolent, il s’attache aux objets d’un monde qui disparaît, celui de l’île du luxe et des plaisirs, et donne aussi à ce portrait d’un « bourgeois-bohême » latino les airs d’un Huit et demi caribéen. Au sens propre, il s’agit donc de « mémoires », c’est-à-dire du récit, au jour le jour, d’événements dont un personnage est le témoin. (…) Le mot « mémoires » n’est évidemment pas choisi par hasard par Gutiérrez Alea, qui dresse le portrait d’un don Juan de La Havane partagé entre ses souvenirs, les renoncements de sa caste (…) et les rêves d’un changement, personnel autant que social et politique. Pourtant ce film d’une grande richesse formelle, traversé de superbes moments d’introspection où la violence et les contradictions de l’histoire cubaine surgissent sans crier gare, n’a rien du récit conventionnel du protagoniste qui traverse les remous de son temps, pas plus qu’il n’épouse les conventions d’une avant-garde « de gauche ». Loin de l’illusoire modèle d’un homme nouveau cubain, pétri de bonne conscience socialiste et d’anti-américanisme, l’homme sans qualité de Gutiérrez Alea n’est ni un nostalgique ni un apôtre de la révolution. Plus proche de Roquentin que du « Che », Sergio baille aux corneilles et promène son indécision sur les boulevards, comme le ferait un Européen dans un roman de Sartre ou de Musil.

Max Robin, Critikat

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Tomas Gutierrez Alea

Année

1968

Titre original

Memorias del Subdesarrollo

Durée

97 minutes

Date Sortie française

Mardi 16 avril 1974

Auteur(s) / Scénario

Edmundo Desnoes

Format de diffusion

DCP

Détails

Interprètes

Avec Sergio Corrieri (Sergio Carmona Mendoyo), Daisy Granados (Elena), Eslinda Núñez (Noemi), Omar Valdés (Pablo), René de la Cruz (le frère d’Elena)…

D'après

D'après d’après son roman

Direction photographie

Ramón F. Suárez

Montage

Nelson Rodríguez

Couleur

Couleur

Distributeur

Films du Camélia

Musique

Leo Brouwer  

Son

Carlos Fernández, Germinal Hernández, Eugenio Vesa

Producteur(trice)

Miguel Mendoza

Pays

Cuba

Critiques

 

Mémoire du sous-développement

  • Jeudi 21 novembre 2019 - 17 h 10

  • Cinéma Jean Eustache
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