L'événement

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Audrey Diwan

2021

100 min.

L'événement

France, 1963. Anne est très jeune et enceinte. Malgré la loi, elle décide d’avorter afin de finir ses études et d’échapper au destin social de sa famille prolétaire.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Audrey Diwan

Année

2021

Durée

100 minutes

Date Sortie française

Mercredi 24 novembre 2021

Détails

Interprètes

Avec Anamaria Vartolomei, Kacey Mottet Klein, Luana Bajrami.

D'après

D'après D'après le roman éponyme d'Annie Ernaux.

Couleur

Couleur

Distributeur

Wild Bunch

Pays

France

Critiques

Dans le cadre de l’Atelier Critiques du Festival, en collaboration avec le Rectorat de Bordeaux.

Article de Julie Colliou, élève au lycée Fernand Daguin, Mérignac.

Le paradoxe des années 60 : entre soif de liberté et censure


Le destin heurté d’Anne (Anamaria Vartolomei) est mis en parallèle lors d’une visite médicale à celui d’un jeune homme étudiant en lettres tout comme elle, tous deux promis à un grand avenir. La seule différence entre les deux est que le futur d’Anne semble basculer vers un futur incertain. En adaptant le roman autobiographique choc d’Annie Ernaux qui évoque son avortement, Audrey Diwan aborde les injustices des années 1960.

La réalisatrice cherche à émouvoir les spectateurs par le biais de scènes crues sans pour autant être visuellement violentes. Au lieu de présenter les interventions précaires de l’IVG au travers d’ éléments explicites, elle met en scène des plans rapprochés permettant de se plonger pleinement dans la scène en en percevant les plus subtils détails, et convoque ainsi l’imagination du spectateur. Il n'y a pas seulement la proximité avec le corps d’Anne qui est frappante mais également le contexte social du parcours de la jeune fille qui doit traverser seule cette tragédie en raison du tabou qui plane autour de l’avortement dans la France des Trente Glorieuses.

Tout au long du film, Anne demeure confiante. Elle est convaincue ou du moins elle tente de se convaincre qu’elle parviendra à trouver un moyen de mettre un terme à sa grossesse. Ce caractère obstiné dépeint tout d’abord une forme de naïveté de sa part (elle est persuadée que quelqu’un lui viendra en aide) mais elle se résout finalement à agir seule, livrée à elle-même. Sa détermination sans faille souligne le fait que la souffrance physique ressentie lors de l’avortement apparaît comme infiniment inférieure à celle de voir sa vie bouleversée par une naissance non désirée. Ainsi, Diwan révèle le parcours tumultueux d’Anne, durant lequel elle ne se détourne jamais de son objectif. La cinéaste montre que le climat anti-IVG ne reposait pas uniquement sur des questions morales, et mettait directement en danger les femmes résolues à avorter. Idée qui évoque le paradoxe identifié par Guy Bedos : “Ceux qui sont contre l’avortement sont ceux-là mêmes qui sont pour la peine de mort”.

Au début de l’histoire, une majorité de personnages s’opposent à l’IVG et nie les possibles transgressions à la loi mais, ce premier constat évolue lorsqu'on aborde la question à l’échelle de l’individu et non d’après un ensemble. Cette image relève de l’influence de la société et de son diktat. Ainsi, certains finissent par s’engager dans cette lutte clandestine en s’émancipant de la censure exercée par la société. C’est notamment le cas d’une femme au visage dur qui à la manière d’Isabelle Huppert dans Une affaire de femmes, vient en aide à ses femmes en pratiquant l’avortement. Ce sujet lourd est pertinemment traité et heurtant par son réalisme. En effet, l'œuvre met en scène un chemin particulièrement long et douloureux. Cela le rend plus crédible puisqu’au-delà de ce qui est souvent présenté comme un dilemme pour la femme, le plus dur dans l’histoire d’Anne est de trouver de l’aide et de réaliser l’intervention dans des dispositions insalubres. Le film va alors au-delà de l’aspect moral en mettant en lumière les difficultés d’accès à l’IVG.

La réalisatrice prend des libertés d’adaptation en ne décrivant pas en détail les pensées de la protagoniste. Ce choix menait peut-être à insister sur l’effort fait par Anne pour ne pas se projeter en tant que mère et nier l’existence du foetus. Néanmoins, ce manque d’informations quant aux songes et aux émotions de celle-ci tend à la déshumaniser, et à la rendre inacessible, contrairement au dialogue intérieur de l'œuvre originale.

Ce film soulève de nombreuses problématiques de la société et résonne comme un appel à la tolérance face à ce sujet qui constitue toujours un vif débat, et ce, malgré l'acquisition de ce droit en France avec la loi Veil de 1975.

Ainsi, ce qu’on peut voir comme le meurtre d’un enfant correspond à l’échelle de la femme à sa propre mort puisque cet évènement la conduirait à remettre sa vie en cause et à renoncer à de nombreux aspects de celle-ci. Ne pas avorter apparait finalement comme le choix le plus cruel lorsque la vie de la femme et son épanouissement sont compromis. Et s’inscrivant dans la lignée de la pensée de Simone Veil, le film se rapproche de ses mots : "aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes."    

L'événement

  • Lundi 15 novembre 2021 - 20 h 30

  • Cinéma Jean Eustache
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