Germinal

"Germinal" d'Yves Allégret

Germinal

Yves Allégret

1962

110 min.

VF

1863, dans les mines du Nord. Étienne Lantier est embauché par Maheu, qui le prend dans son équipe de fond. Le jeune homme est adopté par la famille et s'éprend de Catherine, la fille de Maheu. L'injustice sociale dans les mines le révolte et il essaie de lancer le syndicalisme, contrecarré par Chaval, l’amant de Catherine…

Le roman de la lutte des classes.Zola entame le cycle des Rougon-Macquart[1]en 1871, après la défaite face à la Prusse. Pour chacun de ses romans – Germinalest le 13e opus du cycle – l’écrivain se fait d’abord journaliste et rassemble une volumineuse documentation. Il ne se sépare à aucun moment de son carnet de notes : « Il saisit ses observations, les mots qu’il entend, sur l’instant même, au crayon, comme un journaliste de reportage, ou bien il les rédige le soir venu, dans sa chambre d’hôtel[2]». Zola enquête à Valenciennes durant deux semaines. Il rencontre des directeurs, des ingénieurs, visite des corons, des carreaux de mines, descend dans la fosse Renard (Denain) à -476 m, recueille des témoignages de mineurs, de femmes… Son souci de l’exactitude documentaire correspond à sa conception naturaliste du roman. 

Si Germinalest le roman de la lutte des classes, ce n’est pas par la conviction idéologique de son auteur mais par le réalisme implacable du récit. Zola se fait ainsi visionnaire, son roman demeurant le seul de son époque à décrire la condition ouvrière et les grandes grèves insurrectionnelles contre la domination des patrons. C’est le roman de la lutte des classes, alors que Zola n’a jamais lu Karl Marx. Le romancier assiste d’ailleurs, en 1884, à la grève des mineurs, alors d’une ampleur inédite. Et le cheminement du récit – c’est l’une de ses lignes de force – mène au déclenchement et à la tenue d’une grève consécutive à la baisse de salaire[3]subie par les mineurs. 

Par ailleurs, Zola dépeint le Voreux et la mine Jean Bart comme des monstres qui avalent littéralement leurs victimes, et les galeries en sont, au sens strict, les « boyaux ». Troisième aspect du roman, le parcours d’Étienne Lantier : ouvrier venu se louer dans les mines, son passage au Voreux le voit acquérir une conscience politique structurée et une âme de leader syndical au contact de Maheu, de Souvarine ou de Rasseneur.

La fibre sociale d’Yves AllégretLe quotidien difficile et les souffrances des mineurs avaient déjà été traités à plusieurs reprises dans le cinéma français, notamment par Georg Wilhelm Pabst (La Tragédie de la mine, 1931) et plus proche du film d’Yves Allégret, par Louis Daquin dans Le Point du jour(1949). Allégret reprend ici un projet entamé puis abandonné par Julien Duvivier, qui avait déjà rendu l’univers de Zola dans Au bonheur des dames(1929). Cette fois, le cinéaste ne collabore pas avec son scénariste habituel, Jacques Sigurd, qui le seconde depuis les années 1940 (Dédée d’Anvers, 1947 ; La Meilleure Part, 1955). Tous deux ont développé à travers leur collaboration une fibre sociale très perceptible dans La Meilleure Part, notamment, consacré aux ouvriers érigeant un barrage. La dimension très physique et l’attachement aux détails concrets caractérisent la mise en scène d’Yves Allégret. Le souci de l’authenticité, également. Le tournage s’est en effet déroulé en Hongrie, avec le décor d’un puits de mine datant de 1865 – contemporain, donc, du cadre historique et industriel du roman. Quant au village de Montsou et au carreau de mine, ils ont été entièrement reconstitués sur place[4]. Toutefois, malgré ces conditions favorables et un casting très relevé, en particulier dans les seconds rôles (Claude Brasseur, qui se délecte à incarner l’infâme Chaval ; Bernard Blier, de l’autre côté de la barrière sociale auregard de sa prestation dans Les Camaradesde Mario Monicelli, datant lui aussi de 1963), le film ne rencontrera pas le succès attendu. Dans l’imaginaire du public, il est aujourd’hui largement éclipsé par la version sortie trente ans plus tard, presque jour pour jour, par Claude Berri. 

 

[1]                        Fondé sur le modèle assumé de La Comédie humaine de Balzac. Sous-titré Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, le cycle comprend vingt romans dont la parution s’échelonne jusqu’en 1893.

[2]                        Henri Mitterrand dans le dossier qui accompagne l’édition de Germinaldans la collection « Folio classique », Gallimard, 1999.

[3]                        Déguisée, mais néanmoins réelle.

[4]                        Claude Berri, quant à lui, tournera dans de nombreux décors toujours « dans leur jus », dans la région Nord Pas-de-Calais.

 

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Yves Allégret

Année

1962

Durée

110 minutes

Date Sortie française

Mercredi 18 septembre 1963

Auteur(s) / Scénario

Charles Spaak

Format de diffusion

35 mm

Détails

Interprètes

Jean Sorel (Étienne Lantier), Berthe Granval (Catherine Maheu), Claude Brasseur (Martin Chaval), Bernard Blier (Hennebeau), Lea Padovani (la Maheude)…

D'après

D'après Émile Zola

Direction photographie

Jean Bourgoin

Montage

Henri Rust

Couleur

N&B

Production

Les Films Marceau - Cocinor - Paris Elysées Film - Metzger et Woog (Paris), Laetitia Film (Rome)

Coproduction

Hungaro Films et Hunnia Films (Budapest)

Distributeur

Tamasa

Musique

Michel Magne

Son

Antoine Archimbaud, Jacques Carrère, Robert Teisseire

Costumes

Lomballe, Jacques Cottin

Décors

Lucien Aguettand, Jacques Paris

Producteur(trice)

Eugène Tucherer

Pays

France/Italie/Hongrie

Critiques

 

Germinal

  • Lundi 15 novembre 2021 - 10 h 40

  • Cinéma Jean Eustache
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Germinal

  • Lundi 22 novembre 2021 - 14 h 20

  • Cinéma Jean Eustache
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