De Wilson à Roosevelt, les États-Unis : un leadership en question

De Wilson à Roosevelt

De Wilson à Roosevelt, les États-Unis : un leadership en question

Débat de l'Histoire

90 min.

De Wilson à Roosevelt, les États-Unis : un leadership en question

Wilson était-il un idéaliste ?

Woodrow Wilson poursuivit une brillante carrière qui le mena à la présidence de l’université de Princeton en 1902. Il fut ensuite élu gouverneur du New Jersey en 1910. Bloqué par l’opposition du Parlement du New Jersey, il devint le héros des démocrates progressistes et fut élu président des États-Unis en 1912.
Ayant perdu les élections législatives de novembre 1918, il se consacra à la politique extérieure et devint le chantre d’un nouveau système international. Entre-temps, sa conception du monde se fit de plus en plus ambitieuse.
Aux yeux de ses détracteurs, le « wilsonisme » constituait un amalgame de principes incohérents. Son problème n’était pourtant pas son incohérence, mais son radicalisme. Wilson fit en effet de l’individu rationnel le lieu même de la souveraineté.
Ce concept wilsonien de sujet politique avait des racines religieuses. Wilson fut toute sa vie membre de l’Église presbytérienne, branche américaine du calvinisme d’origine écossaise. Dans cette tradition, un individu est une personne satisfaisant aux critères requis pour signer un « pacte d’alliance ». Font ce vœu sacré les êtres libres, honnêtes et responsables.
Pour Wilson, c’était l’existence de pactes illégitimes qui avait mené à la guerre. Aussi considérait-il qu’un pacte nouveau, légitime et universel, mettrait fin non seulement à la Grande Guerre, mais aussi à quelque guerre que ce soit. Sa doctrine cherchait à ôter la régulation des mains des États pour la confier au vrai souverain : une communauté transnationale composée d’individus politiquement semblables.
Les nations s’allieraient au sein d’un pacte mondial, par lequel elles s’engageraient l’une envers l’autre à se protéger mutuellement. « Le gouvernement du monde » viendrait à exister au sein d’une communauté mondiale composée de citoyens égaux et souverains.
Le wilsonisme comportait aussi une théorie de la puissance de l’État. Wilson ne considérait pas que la concentration des pouvoirs soit un problème en soi. Il n’avait aucune réticence à considérer que certains savent mieux que d’autres comment les individus doivent se comporter. De même, il était légitime d’établir une paix reconnaissant la primauté des grandes puissances.
Wilson accepta donc volontiers que la Conférence de paix centralise le pouvoir entre les mains des « quatre grands » (États-Unis, Royaume-Uni, France, Italie). Un groupe restreint d’individus puissants pouvait modeler la paix, à condition qu’il le fasse en accord avec la volonté de la communauté mondiale.
Le Pacte visait plus encore à disposer des domaines impériaux détenus par les vaincus. L’article 22 du Pacte mentionnait des « peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne ». En théorie, le seul but de ce mandat était d’aider ces peuples à apprendre à se gouverner eux-mêmes. Ils finiraient par accéder à la souveraineté, du moins ceux appartenant à des races jugées aptes à satisfaire aux conditions requises pour signer des pactes.
L’imaginaire wilsonien a toujours pris en compte l’importance politique des différences de race. « Certaines communautés », qui appartenaient à l’Empire ottoman, méritaient d’être reconnues comme nations indépendantes. D’autres peuples, spécialement ceux de l’Afrique centrale, exigeaient une administration plus directe, afin qu’y soit garantie « la liberté de conscience et de religion », qu’y soient supprimés armes, drogue, alcool et traite des Noirs, et qu’y soit évitée la levée d’armées indigènes. Enfin, pour ce qui était des peuples « encore moins capables », le pacte préconisait un système semblable à une annexion coloniale.
Aux États-Unis, on considère que la SDN était mort-née dès lors que le Sénat avait refusé de ratifier le traité de Versailles en 1920. Pourtant, l’héritage de Wilson n’a pas été oublié. Les républicains, qui lui ont succédé, n’ont pas tourné le dos au monde. En 1922, ils ont négocié le traité naval de Washington et même le pacte Briand-Kellogg de 1928 qui proclamait abolir la guerre.
Après que Wilson se fut retiré de la vie politique, sa doctrine a trouvé des supporters dans les deux camps, républicains comme démocrates. Surtout, la montée du fascisme en Europe agita le spectre d’une nouvelle guerre mondiale et entraîna un réexamen de l’héritage wilsonien.

Leonard V. Smith, Les Collections de L’Histoire n°56 (juillet - septembre 2012). Traduit de l’anglais par Catherine Guillet.

Avec

Hélène Harter

Hélène Harter

Hélène Harter est docteur en histoire de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Professeur d’histoire de l’Amérique du Nord à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne elle y dirige le Centre de recherches d’histoire nord-américaine (CRHNA). Elle est également vice-présidente de l’Institut des Amériques. Hélène Harter est notamment l’auteur de La Civilisation américaine (en collaboration, Presses universitaires de France, 2006), des Présidents américains : de Washington à Barack Obama (Paris, Tallandier, collection « Texto », nouvelle édition 2018, avec André Kaspi) ou encore des Etats-Unis dans la Grande Guerre (Paris, Tallandier, 2017)

 

Pap Ndiaye

Pap Ndiaye

Pap Ndiaye est professeur d’histoire à Sciences Po Paris. Spécialiste d’histoire sociale des États-Unis, particulièrement des minorités, il a notamment publié Les Noirs américains. En marche pour l’égalité (Gallimard, 2009) et Histoire de Chicago (avec Andrew Diamond, Fayard, 2013). Il travaille actuellement à une histoire mondiale des droits civiques au XXe siècle.

Intervenant régulier de l'Unipop Histoire

Cours précédents : Chicago ; Le syndicalisme ouvrier américain ; Les soldats noirs de la République ; Les droits civiques aux États-Unis.

Thomas Snégaroff

Thomas Snégaroff

Agrégé d'histoire et titulaire d'un DEA d'histoire contemporaine, Thomas Snégaroff enseigne à Sciences Po Paris, et au sein de classes préparatoires de grandes écoles de commerce. Historien, spécialiste des États-Unis, son travail l'a conduit à approfondir la politique étrangère américaine, notamment envers l'Union européenne, les questions de défense mais aussi la figure présidentielle autour de la notion d'incarnation en politique. Il anime quotidiennement la rubrique "Histoire d'info" sur France Info. Parmi ses ouvrages: L'unité réinventée. Les présidents américaines face à la nation, avec François Durpaire (éd. Ellipses Marketing, 2008) et dernièrement Little Rock, 1957 (Tallandier, 2018).

Olivier Thomas

Olivier Thomas

Rédacteur en chef adjoint à la revue L'Histoire.

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