Jour de 36

Jour de 36

Jour de 36

Meres tou ’36

Théo Angelopoulos

1972

105 min.

DVD

En mai 1936, dans une Grèce secouée par de nombreux attentats politiques, un dirigeant syndicaliste est assassiné. Sofianos, un petit délinquant et contrebandier, informateur de la police et agent provocateur dans les manifestations de gauche, est accusé du meurtre…

Avec son second long métrage, Théo Angelopoulos entreprend de parler d’une dictature – le régime des Colonels, dans la Grèce des années 70 – à travers les prémices d’une autre dictature – celle du général Metaxás, établie par le coup d’État du 4 août 1936. Le véritable fil conducteur du film (la prise d’otage d’un politicien au sein d’une prison) est basé sur un fait réel, antérieur à la dictature proprement dite.
Très vite, le projet se heurte à une difficulté majeure : obtenir la permission de tourner cette histoire, qui plus est dans une prison abandonnée, jouxtée par une base américaine. Theo Angelopoulos fait donc appel au responsable nommé par les Colonels dans la région de Crête où est situé le récit. La réponse de cet éminent personnage, assortie d’un grand rire, est étonnante : « Écoutez, je sais ce que vous voulez faire. Ça ne nous dérange pas. On est assez forts. Vous pouvez le faire, ça ne sert à rien. C’est un acte inutile. »
Le cinéaste poursuit : « Contrairement à La Reconstitution, mon premier long métrage, Jours de 36 est un film en plein soleil et c’est un récit linéaire. Le film décrit un pouvoir bourgeois, avec un gouvernement complètement instable, sans volonté, sans force, qui a permis l’arrivée de la dictature. » Car au fond, Jours de 36 s’emploie à cerner l’origine et les faits qui mènent un pays à la dictature.
Pour autant c’est, au regard des canons actuels, une œuvre qui ne manquera pas de dérouter par son écriture et sa mise en scène. Le film se compose ainsi de séquences parfois reliées de manière énigmatique, dans un ballet de personnages souvent réduits à des silhouettes peu identifiables. Tous évoluent dans des lieux caractérisés avec une extrême attention par une caméra mobile (beaucoup de panoramiques à 360 °) qui en détache la présence, le délabrement ou la singularité.
Derrière cette manière d’être au monde, le film pointe la déliquescence du pouvoir et de toute la chaîne de commandement (des gardiens de cellule au ministre), mais aussi l’opacité consubstantielle au pouvoir, dans une réflexion qui évoque souvent les parti-pris de Francesco Rosi. Avec un sens de l’absurde réjouissant (cf. la pose de la première pierre du stade olympique, d’une pompe dérisoire en plein cœur d’un site désolé et écrasé de soleil), comparable au baroque fellinien.
Presque miraculeusement, vu la charge latente à l’égard du pouvoir, Jours de 36 connaîtra une vraie carrière en salles. « Quand le film est sorti, j’étais présent à chaque projection. Mes présentations étaient toujours vagues et elliptiques, parce que la police était également là à chaque fois. Le public, lui, faisait évidemment le rapprochement entre certaines scènes et la situation actuelle, et les gens applaudissaient. Jouer à cache cache avec le pouvoir, c’est une sorte de guérilla. »

Fiche du film

Réalisateurs(trices)

Théo Angelopoulos

Année

1972

Titre original

Meres tou ’36

Durée

105 minutes

Date Sortie française

Samedi 30 septembre 1972

Auteur(s) / Scénario

Theo Angelopoulos, Stratis Karras, Petros Markaris, Thanassis Valtinos

Version langue

VOSTF

Thématiques abordées par le film
Entre-deux-guerres
Détails

Interprètes

Avec Vangelis Kazan, Kostas Pavlou (Sofianos), Thanos Grammenos (le frère du prisonnier), Giorgos Kyritsis (Kontaxis), Petros Zarkadis…

Direction photographie

Vasilis Hristomoglou

Montage

Vasilis Syropoulos

Couleur

Couleur

Production

Giorgos Papalios

Distributeur

Potemkine

Son

Thanassis Arvanitis

Pays

Grèce

Critiques

 

Le programme 2018

Tout le programme du festival 2018 en PDF

Télécharger le programme

Jour de 36

  • Mardi 20 novembre 2018 - 19 h 20

  • cinéma Jean Eustache
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